En 2010, un essai randomisé a donné 500 000 UI de vitamine D en une seule prise, une fois par an, à 2 256 femmes de plus de 70 ans à risque de fracture. En double aveugle, contre placebo. Les chutes ont augmenté de 15 %, les fractures de 26 %, et le sur-risque était le plus marqué dans les trois mois qui suivaient la prise.
L'essai cherchait l'inverse, et l'idée tenait debout : une prise annuelle règle le problème de l'observance, et 500 000 UI étalées sur l'année reviennent à environ 1 400 UI par jour. Une dose banale, donc, à ceci près qu'elle n'a pas été prise ainsi.
C'est là que le raisonnement en dose totale se casse. Entre ce que tu avales et ce que ça produit, il y a un taux sanguin, et ce taux dépend d'autre chose que du chiffre imprimé sur le flacon.
La même dose ne produit pas le même taux
Le marqueur qui se mesure s'appelle le 25(OH)D. La relation entre la dose avalée et ce taux n'est pas une droite, et l'écart est spectaculaire.
Sur 17 614 adultes suivis dans un programme de prévention, le gain était d'environ 12 nmol/L par tranche de 1 000 UI dans l'intervalle 0 à 1 000, contre 1,1 nmol/L par tranche entre 15 000 et 20 000. La même marche de 1 000 UI rapporte onze fois moins en haut de la courbe qu'en bas.
Le poids déplace la courbe entière. À apport déclaré égal, les participants obèses affichaient en moyenne 19,8 nmol/L de moins que ceux de poids normal, et les participants en surpoids 8,0 nmol/L de moins. C'est une étude d'observation, pas un essai : elle décrit ce qui se passe, elle ne le démontre pas. L'ordre de grandeur suffit tout de même à retirer son sens à une dose unique valable pour tout le monde.
Le rythme compte autant que le total
Un second essai a comparé trois schémas mensuels chez 200 personnes de plus de 70 ans ayant déjà chuté : 24 000 UI par mois, 60 000 UI par mois, ou 24 000 UI accompagnées de calcifédiol.
Les doses élevées ont fait exactement ce qu'on leur demandait, atteindre le seuil de 30 ng/mL de 25(OH)D, soit 75 nmol/L. Elles n'ont apporté aucun bénéfice sur la fonction des membres inférieurs, et elles ont été associées à plus de chutes que le schéma à 24 000 UI.
Atteindre la cible et aller mieux ne sont donc pas la même chose. C'est le résultat le plus dérangeant de cette littérature, parce qu'il attaque la façon dont presque tout le monde raisonne : viser un chiffre, l'atteindre, considérer que l'affaire est réglée.
Ce que les grands essais n'ont pas trouvé
VITAL est le plus gros essai du domaine : 25 871 participants, 2 000 UI par jour, un suivi médian de 5,3 ans. Aucune réduction des cancers. Aucune réduction des événements cardiovasculaires majeurs. Le volet consacré aux fractures ne trouve rien non plus, ni sur le total, ni sur les fractures non vertébrales, ni sur la hanche.
Un détail de méthode change tout le sens de ces résultats : les participants n'ont été recrutés ni sur une carence en vitamine D, ni sur une masse osseuse basse. VITAL répond donc à la question « faut-il supplémenter une population globalement servie ? », et la réponse est non. Il ne répond pas à « faut-il corriger une carence ? », qui est une autre question, avec d'autres essais.
Les cofacteurs, triés par ce qui a été testé
| Ce qu'on lit | Ce qui a été testé | Ce qu'il en reste |
|---|---|---|
| Le magnésium améliore ton taux de vitamine D | Essai randomisé sur 180 adultes, dose calée sur les apports de chacun | Il module le taux dans les deux sens : à la hausse quand le départ est bas, à la baisse quand il est déjà élevé |
| Sans K2, la vitamine D calcifie tes artères | Deux ans de 360 µg de MK-7 chez des patients coronariens symptomatiques | Pas de gain net sur le score calcique ; un effet sur la plaque non calcifiée, de portée clinique indéterminée |
| Il faut atteindre 30 ng/mL | Trois schémas mensuels chez 200 personnes âgées ayant déjà chuté | La cible a bien été atteinte, et les chutes ont augmenté |
Le cas du K2 mérite d'être dit précisément, parce que c'est le conseil le plus répandu du milieu. Le mécanisme est réel : la vitamine D augmente l'absorption du calcium, et la vitamine K active une protéine qui freine sa fixation dans les parois artérielles. Il manque toujours la même étape, celle où quelqu'un teste la question réellement posée, à savoir si une supplémentation en vitamine D sans K2 abîme quelque chose chez quelqu'un.
Ce qui s'en approche le plus reste VITAL : 25 871 personnes sous 2 000 UI par jour, sans K2, pendant plus de cinq ans, sans excès d'événements cardiovasculaires majeurs. Ce n'est pas une réponse directe. C'est le meilleur élément disponible, et il ne va pas dans le sens de la crainte.
Le plafond, et qui le dépasse
L'EFSA fixe le plafond haut à 100 µg par jour, soit 4 000 UI. Le critère retenu n'est pas l'intoxication franche mais l'hypercalciurie persistante, c'est-à-dire un excès durable de calcium dans les urines, considéré comme un signe plus précoce. Il vient d'une dose de 250 µg par jour à laquelle cet effet a été observé, divisée par un facteur de sécurité de 2,5.
L'agence ajoute une phrase qui vise assez précisément le lecteur de ce blog : les populations européennes ne dépassent pas ce plafond, à l'exception des utilisateurs réguliers de compléments fortement dosés.
Ce que ça change en pratique
- 1
Dose ton 25(OH)D avant de choisir une dose
C'est le seul chiffre qui parle de toi. Sans lui, tu choisis pour une moyenne dont rien ne dit que tu fais partie.
- 2
Quotidien plutôt que bolus
Les deux essais qui ont trouvé des dégâts avaient en commun des prises massives et espacées.
- 3
Ajuste au poids
L'écart moyen entre poids normal et obésité approche 20 nmol/L à apport égal. La même dose ne peut pas convenir aux deux.
- 4
Reste sous 4 000 UI sans avis médical
Au-delà, tu sors du plafond européen, et le gain par unité supplémentaire est déjà devenu minime.
- 5
Recontrôle, puis cesse d'y penser
Un dosage trois mois après un changement suffit à savoir si le schéma fonctionne chez toi.
Ce que cet article ne dit pas
- Que la vitamine D serait inutile. Corriger une carence documentée et supplémenter une population déjà servie sont deux questions différentes. VITAL répond à la seconde.
- Que le K2 serait inutile. Il n'a pas été testé sur la question qu'on lui prête, ce qui n'est pas la même chose qu'un échec.
- Que ces essais s'appliquent tels quels à toi. Deux d'entre eux portent sur des personnes âgées à risque de chute, et la courbe dose / taux vient d'une étude d'observation.
- Que tu peux te passer d'un avis médical. En cas de maladie rénale, de sarcoïdose ou de traitement en cours, la question du dosage se pose autrement.
« Une dose est une intention. Un taux sanguin est un résultat. »
Ce que fait Helix
La vitamine D est le cas d'école du problème que résout Helix. La dose est dans ta stack, le 25(OH)D est dans ton bilan, ton poids est ailleurs, et l'information utile n'apparaît qu'en croisant les trois dans le temps. Séparés, ces chiffres ne disent rien.
Le moteur signale les doses qui approchent le plafond européen, tient compte de l'aplatissement de la courbe au lieu de récompenser la dose la plus haute, et distingue toujours ce qui vient d'un essai de ce qui vient d'un mécanisme supposé.
Voir ce que ta dose produit réellement chez toi, bilan après bilan.
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