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Données de santé : le RGPD te donne des droits, pas des garanties

Un droit s'exerce contre quelqu'un, ce qui suppose que ce quelqu'un soit encore là. Ce que ça change avant de confier ton sommeil et ton sang à une application.

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En bref

Le RGPD range les données de santé parmi les catégories particulières de son article 9 : leur traitement est interdit par défaut, et l'interdiction est levée notamment par ton consentement explicite, celui que tu donnes à l'inscription. La protection est donc procédurale : elle ouvre des droits d'accès, de portabilité, de rectification et d'effacement, qui s'exercent contre une entreprise identifiée et supposent qu'elle existe encore et qu'un régulateur puisse l'atteindre. Trois situations en montrent la limite : la faillite de 23andMe, sanctionnée de 2,31 millions de livres par l'autorité britannique en juin 2025 avant que ses actifs soient rachetés en juillet ; le CLOUD Act américain, qui vise un fournisseur soumis au droit des États-Unis quelle que soit la localisation des serveurs ; et l'anonymisation, dont une étude parue dans Nature Communications estime que 99,98 % des Américains resteraient ré-identifiables à partir de 15 attributs démographiques. La seule protection qui ne dépend de personne est architecturale : une donnée qui reste sur ton appareil n'a pas de responsable de traitement à qui adresser une demande.

Points clés

  • L'article 9 du RGPD interdit par défaut le traitement des données de santé. Ton consentement explicite lève cette interdiction : c'est la porte d'entrée prévue, pas une faille.
  • Un droit s'exerce contre un responsable de traitement identifié. Il suppose que l'entreprise existe encore, qu'elle réponde, et qu'un régulateur puisse l'atteindre.
  • Ton poids croisé avec ton nombre de pas et tes apports caloriques devient une donnée de santé au sens de la CNIL, sans qu'aucun médecin soit intervenu.
  • « Anonymisé » ne veut pas dire anonyme : 99,98 % des Américains seraient ré-identifiables dans n'importe quel jeu de données à partir de 15 attributs démographiques.
  • La localisation des serveurs et la juridiction de l'entreprise qui les opère sont deux informations distinctes. Seule la seconde décide qui peut réquisitionner.

En mars 2025, 23andMe s'est placée sous la protection du chapitre 11 de la loi américaine sur les faillites. Sa base de données génétiques ne s'est pas évaporée avec l'entreprise : elle est devenue un actif à céder, racheté en juillet par une fondation à but non lucratif dirigée par la cofondatrice de la société.

Le droit à l'effacement s'appliquait pendant toute l'opération. Il n'a pas empêché la base de changer de mains : pour produire un effet, il fallait l'avoir exercé, un par un, avant.

Le RGPD est une procédure : il ouvre des recours contre quelqu'un. Une architecture décide de ce qui existe. Un recours suppose un interlocuteur ; une serrure, non.

Ce que l'article 9 interdit, et par où on entre quand même

L'article 9 du RGPD range les données concernant la santé parmi les catégories particulières. Le principe est plus fort qu'on ne le croit : leur traitement est interdit. Pas encadré, pas soumis à autorisation. Interdit par défaut.

Le même article énumère ensuite dix situations qui lèvent l'interdiction. La première est ton consentement explicite, celui que tu donnes à l'inscription, et il suffit à lui seul. Rien d'anormal là-dedans : c'est le mécanisme prévu, et c'est lui qui permet qu'une app te serve à quelque chose.

Mais il déplace le sujet. La loi ne garde pas la porte, elle fixe les conditions dans lesquelles tu remets la clé.

Ton sommeil et ta stack sont des données de santé

La CNIL retient trois familles : les données de santé par nature, celles qui le deviennent par croisement avec d'autres, et celles qui le deviennent par l'usage médical qui en est fait. La deuxième est celle qu'on sous-estime : l'exemple donné est une mesure de poids croisée avec un nombre de pas et des apports caloriques. Rien de médical ligne à ligne, et le régime des données sensibles s'applique quand même au résultat.

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Sommeil, stack et bilan sanguin combinés en disent plus long sur toi que n'importe quel profil publicitaire.

Un journal de sommeil, une liste de compléments avec doses et horaires, et trois mois de bilans sanguins dépassent largement ce seuil. C'est un dossier médical reconstitué par accumulation, sans qu'aucun médecin soit intervenu.

Trois endroits où le droit s'arrête

Les droits d'accès, de portabilité, de rectification et d'effacement sont réels. Ils partagent une dépendance : quelqu'un doit être là, en état de répondre, et atteignable par un régulateur.

Quand l'entreprise change de mains

En juin 2025, l'autorité britannique de protection des données a infligé une amende de 2,31 millions de livres à 23andMe, au terme d'une enquête menée avec son homologue canadien : ni authentification à plusieurs facteurs obligatoire, ni contrôle d'accès aux données génétiques brutes.

L'attaque remontait à 2023. Du bourrage d'identifiants, c'est-à-dire l'essai en masse de mots de passe volés lors de fuites antérieures sans rapport. Résultat : l'accès aux informations de 155 592 résidents britanniques, dont l'origine ethnique, les arbres généalogiques et des rapports de santé. L'entreprise n'a ouvert une enquête complète qu'en octobre, quand un salarié a découvert les données mises en vente sur Reddit.

« Contrairement à un identifiant, un mot de passe ou une adresse email, tu ne peux pas changer ton patrimoine génétique quand une fuite se produit. »

Une personne touchée par la fuite, citée par l'ICO, juin 2025

La sanction est lourde. Elle n'a pas reconstitué la confidentialité de ce qui était sorti, et elle n'a pas empêché la base d'être cédée le mois suivant. Une amende punit. Elle ne restaure pas.

Quand l'hébergeur est européen et le droit ne l'est pas

« Hébergé en Europe » est devenu un argument commercial. Il répond à une question de localisation, pas à une question de juridiction.

Le CLOUD Act américain, adopté en 2018, permet aux autorités des États-Unis d'exiger d'un fournisseur soumis à leur droit la communication des données qu'il détient, quelle que soit la localisation des serveurs. Le comité européen de la protection des données et le contrôleur européen ont pris position en juillet 2019 : une injonction de ce type ne constitue pas à elle seule une base de transfert au sens du RGPD, dont l'article 48 renvoie à un accord international.

Les deux textes disent des choses différentes, et le fournisseur se trouve au milieu. La localisation des serveurs et la juridiction de l'entreprise qui les opère sont deux informations distinctes, et seule la seconde décide qui peut réquisitionner.

Quand « anonymisé » ne veut pas dire anonyme

Une donnée réellement anonyme sort du RGPD. C'est ce qui explique la présence du mot dans presque toutes les politiques de confidentialité.

Retirer le nom ne suffit pas. Une étude parue dans Nature Communications en 2019 estime que 99,98 % des Américains seraient correctement ré-identifiés dans n'importe quel jeu de données à partir de 15 attributs démographiques. Même fortement échantillonnés, concluent les auteurs, ces jeux de données ont peu de chances de satisfaire aux critères d'anonymisation du RGPD.

Quinze attributs, sur un profil santé, ce n'est pas beaucoup. Âge, sexe, code postal, taille, poids, et la liste est à moitié faite.

SituationCe que le RGPD prévoitCe dont l'exécution dépend
Fuite de donnéesNotification à l'autorité sous 72 heuresQue la fuite soit détectée, et datée
Rachat ou failliteLes droits suivent la base chez le repreneurQue le repreneur les honore et reste atteignable
Réquisition étrangèreArticle 48 : un accord international est requisLe droit auquel l'entreprise est soumise
Réutilisation « anonymisée »Les données anonymes sortent du règlementQue l'anonymisation en soit réellement une
EffacementRéponse sous un mois, sans justificationQue la copie de référence soit chez eux
Ce que le règlement prévoit, et ce dont son exécution dépend en pratique.

La protection qui n'a pas besoin d'être exercée

Il existe une catégorie de données sur lesquelles aucun droit n'a besoin d'être exercé : celles qui ne sont jamais parties.

La CNIL le note à propos des applications mobiles de santé : la réglementation ne s'applique pas de la même façon quand les données sont collectées exclusivement sur l'appareil, sans connexion extérieure et à des fins exclusivement personnelles. Ni responsable de traitement, ni transfert, ni sous-traitant, parce qu'il n'y a rien à traiter ailleurs.

C'est ce que veut dire local-first, débarrassé du vocabulaire d'ingénieur : ta donnée est écrite d'abord sur ton téléphone et y reste par défaut. Pas de base centrale à pirater, et l'effacement est immédiat parce que la copie de référence est déjà chez toi.

Les questions à poser avant de confier ton sang

  1. 1

    De quel droit relève l'entreprise ?

    Pas où sont les serveurs : qui détient le capital, et sous quelle juridiction.

  2. 2

    Que devient la base si elle est vendue ?

    Si les mots « fusion » ou « cession d'actifs » n'apparaissent nulle part dans la politique de confidentialité, personne n'y a réfléchi.

  3. 3

    Quels sous-traitants y accèdent ?

    La liste doit être publique et à jour. Un prestataire de mesure d'audience n'a rien à faire dans une base de biomarqueurs.

  4. 4

    Combien de temps après la fermeture du compte ?

    Une durée chiffrée est attendue, par catégorie. « Le temps nécessaire » n'est pas une durée.

  5. 5

    La donnée sert-elle à de la publicité ?

    Si la réponse n'est pas un non net, c'est un oui avec des étapes intermédiaires.

  6. 6

    Y a-t-il un DPO joignable et un registre consultable ?

    Une adresse dédiée et un registre en ligne valent tous les labels de confiance, et se vérifient en trente secondes.

Ce que cet article ne dit pas

  • Que le RGPD serait inutile. Sans lui, l'amende britannique n'existerait pas et aucune liste de sous-traitants ne serait publique.
  • Que l'hébergement européen ne servirait à rien. Il supprime une classe entière de problèmes de transfert, pas la question de la juridiction.
  • Que le local-first serait sans coût. Perdre son téléphone sans sauvegarde, c'est perdre l'historique. Le partage avec un médecin demande une étape explicite au lieu d'un lien.
  • Que ceci soit un avis juridique. C'est la lecture de quelqu'un qui doit prendre ces décisions d'architecture, textes en main, et qui préfère les exposer.

« La souveraineté des données n'est pas une case juridique, c'est une décision d'architecture. »

La position d'Helix

Helix est construit en Europe, avec un hébergement européen et un registre des traitements public : sous-traitants, finalités et durées de conservation sont consultables sans créer de compte. Consentement granulaire pour tout ce qui n'est pas nécessaire au service. Aucune publicité, aucune revente.

Les données sensibles restent local-first sur ton appareil. Ce choix coûte cher et complique la synchronisation. Il a un seul avantage, et il suffit : il n'existe pas de base centrale dont la cession pourrait un jour figurer dans un dossier de faillite.

Vérifier ce qui est collecté, par qui et pour combien de temps, avant même de créer un compte.

Lire le registre des traitements

Sources

Questions fréquentes

Que deviennent mes données de santé si l'entreprise fait faillite ?

Elles deviennent un actif. Une base de données n'est pas détruite par une procédure collective, elle est valorisée et cédée avec le reste. Le RGPD continue de s'appliquer et tes droits suivent la base chez le repreneur, mais leur exercice suppose que le repreneur les honore et reste atteignable. 23andMe l'a montré grandeur nature en 2025 : chapitre 11 en mars, actifs rachetés en juillet par une fondation à but non lucratif. La seule action réellement efficace consistait à demander l'effacement avant l'ouverture de la procédure.

Un hébergement en Europe suffit-il à protéger mes données de santé ?

Il règle la localisation, pas la juridiction. Le CLOUD Act américain permet aux autorités des États-Unis d'exiger d'un fournisseur soumis à leur droit la communication de données qu'il détient, où que soient les serveurs. Le comité européen de la protection des données et le contrôleur européen ont pris position en juillet 2019 : une injonction de ce type ne constitue pas à elle seule une base de transfert au sens du RGPD, dont l'article 48 renvoie à un accord international. Les deux ordres juridiques ne disent pas la même chose, et le fournisseur se trouve au milieu.

Mes données de sommeil sont-elles des données de santé ?

Le plus souvent oui. La CNIL retient trois familles : les données de santé par nature, celles qui le deviennent par croisement avec d'autres, et celles qui le deviennent par l'usage médical qui en est fait. La deuxième est la plus large : l'exemple donné par la CNIL est une mesure de poids croisée avec un nombre de pas et des apports caloriques. Un journal de sommeil accompagné d'une liste de compléments et de bilans sanguins dépasse ce seuil sans difficulté.

Une application de santé peut-elle revendre mes données ?

Pas sans un consentement explicite, distinct et révocable, portant précisément sur cette finalité. Un consentement noyé dans des conditions générales acceptées en bloc ne remplit pas cette condition. Deux vérifications suffisent : la revente ou le partage publicitaire figurent-ils dans la politique de confidentialité, et peux-tu refuser sans perdre l'accès au service ?

Comment exercer mon droit à l'effacement ?

Une demande écrite au responsable de traitement ou au délégué à la protection des données suffit, sans avoir à te justifier dans la plupart des cas. Le délai de réponse est d'un mois, extensible à trois pour les demandes complexes. En cas de silence, la CNIL peut être saisie. Garde une trace datée de ta demande : c'est elle qui fait foi si la situation de l'entreprise change entre-temps.

Contenu pédagogique. Helix n'est pas un dispositif médical et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé. Comment ces articles sont écrits et vérifiés · Corrections

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